Avant-propos
Valérie, Alexandre et les autres...
Valérie : la peur d'avoir peur
Valérie se sent envahie par une grande bouffée de chaleur qui monte de son
abdomen jusqu'à son visage. Depuis cinq minutes, elle ne se sent pas bien. Elle ressent une oppression respiratoire désagréable. Elle essaie des mouvements respiratoires plus amples. Mais rien
n'y fait, elle a l'impression de manquer d'air. Progressivement, tout se transforme autour d'elle. Les conversations des autres étudiants lui parviennent déformées. Sa vue se trouble. Son corps
est parcouru de frissons ; sa tête se vide, devient cotonneuse. Valérie est submergée par la peur. Elle revoit cette femme à demi consciente, réanimée par les médecins du SAMU entre les caisses
du supermarché. Cette fois, c'est son tour. Si seulement elle pouvait fuir cette foule d'étudiants massés devant le service de scolarité de l'université. Cela fait maintenant plus de deux heures
qu'elle fait la queue dans ce couloir mal éclairé et bruyant. Elle se sent partir de droite et de gauche, comme si elle était ivre. La tension est maximale, elle est couverte de sueur. C'est sûr,
elle va mourir. Ou, pire, elle est en train de devenir folle.
Vingt-quatre heures plus tard, Valérie sort du service des urgences de
l'hôpital. Elle a bénéficié de multiples examens : bilan sanguin, électrocardiogramme, électro-encéphalogramme, scanner. Les médecins des urgences sont formels : le bilan est normal, elle ne doit
plus s'inquiéter. Pourtant, Valérie n'est pas rassurée. Elle se sent bizarre. Elle s'engouffre dans un taxi pour rentrer chez ses parents et se promet de passer le plus vite possible chez son
médecin traitant.
Valérie pense sans cesse à son malaise. Elle revoit les pompiers qui l'ont
évacuée et l'arrivée aux urgences. Elle entend encore les médecins qui, à sa sortie, lui disaient : « ce n'est rien. C'est les nerfs ». Dans la salle d'attente du cabinet médical, elle
sent que cela recommence. Elle est de nouveau oppressée. Sa respiration se bloque, elle va étouffer. Son médecin la découvre tremblante, debout devant la fenêtre ouverte, tentant de reprendre sa
respiration. Cette visite confirme le diagnostic des médecins de l'hôpital : « Ce n'est rien. C'est nerveux. Reposez-vous quelques jours et tout ira bien ». Valérie quitte son médecin à
peine plus rassurée et passe à la pharmacie chercher les médicaments qu'il lui a prescrits.
Depuis une semaine, Valérie a beaucoup changé. Elle est tendue en permanence,
elle dort moins bien et, surtout, elle ne quitte plus le domicile de ses parents tant elle redoute de faire un nouveau malaise. Elle se dit qu'elle ne pourrait pas surmonter une nouvelle crise,
que son coeur ne résisterait pas, qu'elle risque de devenir folle à la prochaine attaque. Elle redoute plus que tout de finir sa vie dans un asile. Alors, pour prévenir tout risque, elle a décidé
d'éviter toutes les situations angoissantes ou fatigantes. Elle ne veut pas prendre le risque d'une nouvelle crise. Elle ne veut plus sortir. Elle a peur d'avoir peur.
Valérie est atteinte d'un trouble anxieux fréquent : le trouble panique.
Après une crise d'angoisse inaugurale, survenue dans une situation de tension et de fatigue, elle redoute une récidive. Au moindre signe, elle s'alarme et imagine des conséquences graves et
angoissantes. Quand elle est tendue, elle ressent une gêne pour respirer, et l'angoisse réapparaît : elle pense immédaitement qu'elle va s'étouffer. Alors, elle ouvre une fenêtre et respire le
plus profondément possible pour ne pas manquer d'air. Si elle perçoit les battements de son coeur qui accélèrent, elle pense à une crise cardiaque : son coeur va lâcher. Si l'angoisse s'installe
et augmente, elle ne peut pas s'empêcher de penser que c'est dangereux : elle va finir par devenir définitivement folle.
Elle anticipe sur toutes les situations qu'elle doit vivre. Elle pense qu'il vaut
mieux renoncer à sortir, si elle se sent fatiguée : cela augmente trop le risque d'une crise et elle n'aura pas la force de réagir et de se protéger. Elle évite toutes les situations où elle ne
pourrait pas respirer librement. Elle ne veut plus pratiquer aucun sport. Il faut qu'elle préserve son coeur. Elle fuit tous les endroits dont elle ne pourrait pas sortir immédiatement en cas de
danger. Tout ce qui peut déclencher des sensations physiques pénibles, proches des sensations physiques de peur, est progressivement écarté. Valérie cherche à contrôler parfaitement son
environnement et ses réactions physiques. Elle s'abstient de tout pour éviter d'avoir peur.
Pourtant, par cette organisation draconienne de son quotidien, elle entretient
involontairement un état de tension pénible, responsable des symptômes déclenchants de la crise d'angoisse. Ces premiers signes, elle les identifie facilement : une respiration difficile, une
sensation de fièvre... Chaque fois, cette identification déclenche une réaction d'alarme pénible et, parfois même, une nouvelle attaque de panique.
Réactions d'alarme fréquentes et comportements d'évitements ; des sensations
physiques désagréables ponctuent l'évolution de ce trouble anxieux.
Alexandre : le risque zéro
Alexandre est âgé de 32 ans. Depuis deux ans, sa vie s'est transformée
radicalement. Sportif et bon vivant, Alexandre vit désormais replié sur sa famille et ne sort plus qu'accompagné. Il ne fait plus de crises d'angoisse depuis plus de six mois. Il faut dire que
tout est calculé pour éviter le moindre risque. S'il doit sortir, il emporte, dans sa sacoche, un équipement complet : bouteille d'eau, tranquillisant, bêta-bloquant, sucre, téléphone portable,
vaporisateur d'eau. Il se fait également accompagner par une personne sûre. Le plus rassurant, c'est son ami Marc, qui est médecin. Mais, même avec Marc, pas question de prendre le métro, le TGV
ou l'avion. Les ascenseurs, les parkings souterrains sont soigneusement évités. Alexandre n'emprunte ni le Boulevard périphérique, ni les autoroutes.
Quand ses problèmes sont apparus, Alexandre a consulté de nombreux médecins :
cardiologue, neurologue, ORL, gastro-entérologue. Tous ont abouti à la même conclusion : pas de lésion organique grave, pas de raison de s'inquiéter. Pourtant, Alexandre n'est pas rassuré, et ses
évitements sont de plus en plus nombreux, réduisant sa zone de sécurité à son appartement. Et encore, certains jours, il ne supporte plus de rester seul chez lui.
Alexandre souffre d'agoraphobie, il évite tous les endroits dangereux. Pour
lui, un lieu dangereux est un endroit ou une situation dont il ne pourrait sortir rapidement, s'il se trouvait en difficulté.
Les conséquences de ce trouble anxieux sont multiples. Alexandre n'a pas le moral.
Malgré ses « tranquillisants », son mal gagne. Il a l'impression d'être devenu un drogué, lui, le sportif qui ne prenait jamais aucun médicament et se vantait de ne jamais consulter de
médecin.
Bien sûr, son manque d'autonomie a compliqué sa vie professionnelle et, sur le plan
personnel, il est devenu prisonnier de ses évitements et dépendant de son entourage. Son agoraphobie constitue un handicap de plus en plus sévère. Malgré une conscience parfaite de son trouble,
Alexandre n'arrive pas à reprendre le dessus. Ce n'est pas la motivation qui lui manque, mais il ne sait plus comment maîtriser ses émotions.
Pourquoi ce livre ?
En prenant cet ouvrage en main, vous vous êtes peut-être demandé si vous étiez bien
victime de trouble panique, d'agoraphobie ou bien des deux à la fois. Le récit de ces deux patients souffrant de trouble panique et d'agoraphobie décrit le début, puis la progression des
symptômes, qui prend vite la forme d'un engrenage. Dans ces deux histoires, vous avez peut-être reconnu cette succession caractéristique d'évènements angoissants, de comportements d'évitement et
de pensées irrationnelles qui ont ébranlé votre sérénité et altéré votre qualité de vie. Heureusement, il est possible de sortir de cet état d'angoisse qu'on entretient sans le vouloir. Qu'il
s'agisse de trouble panique ou d'agoraphobie, il est possible d'inverser le processus.
Si, comme Valérie et Alexandre, votre vie est compliquée par des comportements et
des pensées irrationnels, ce guide peut vous aider à retrouver la maîtrise de vos émotions. Son objectif est de vous informer le plus largement possible sur le trouble panique et
l'agoraphobie.
Comment s'en servir ?
Avant de débuter la lecture de ce livre, nous vous conseillons formellement, si ce
n'est déjà fait, de consulter votre médecin généraliste pour écarter l'éventualité d'une maladie physique dont les symptômes sont parfois très proches des manifestations physiques de l'anxiété ou
de ceux d'une attaque de panique. Si le médecin généraliste et les spécialistes consultés sont catégoriques pour exclure une pathologie organique, alors commencez la lecture de ce livre ; il vous
donnera des arguments supplémentaires pour confirmer leur diagnostic.
Agoraphobie et trouble panique sont souvent concomitants et il est plus logique de
parler de trouble panique-agoraphobie.
Le développement des thérapies comportementales et cognitives a permis la mise au
point de traitements spécifiques pour le trouble panique-agoraphobie. Ces traitements sont simples, efficaces et limités dans le temps. De plus, des études récentes montrent que le trouble
panique-agoraphobie est accessible à des auto-traitements réalisés à partir de la lecture de manuels de soins. Cet ouvrage se place résolument dans cette perspective. Il vous propose de vous
accompagner dans la phase diagnostique, puis de vous guider pour découvrir les différents aspects du trouble panique.
Pour ces deux premières parties, nous vous encourageons à demander conseil auprès de
votre médecin généraliste, qui saura vous guider si un bilan est nécessaire.
Dans la troisième partie de ce livre, vous trouverez les éléments nécessaires à
l'élaboration d'un programme de changement et à sa mise en oeuvre. C'est cette dernière partie qui sera la plus délicate et vous demandera le plus d'efforts. Il est tout à fait possible, si vous
êtes motivé, rigoureux et méthodique, de mener votre programme de changement jusqu'à son terme. S'il vous reste des craintes au moment d'initier le changement, n'hésitez pas à consulter auprès
d'un spécialiste des thérapies comportementales et cognitives. Ce livre complètera utilement, sous forme d'un auto-accompagnement, la prise en charge du spécialiste.
La lecture de ce livre vous permettra de mieux comprendre votre trouble et de
pratiquer un bilan détaillé. De courts exposés théoriques, de nombreux récits tirés de l'histoire de nos patients, des tableaux récapitulatifs et des conseils vous permettront progressivement de
vous approprier des techniques de changement pour modifier votre manière de faire face à l'anxiété et à des situations angoissantes. L'angoisse doit redevenir une émotion familière comme la joie,
la colère ou la tristesse. Une émotion habituelle acceptée sans peur. Une émotion qui participe à votre vie affective et relationnelle. Une émotion qui vous stimule et vous permet de réagir à bon
escient. L'anxiété, si elle correspond à une évaluation réaliste de la situation, à affronter, peut renforcer vos capacités à surmonter les difficultés.
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